Rien de tel que les mots pour susciter les désirs les plus torrides.
Voilà pourquoi, à l’ère de l’Image reine, la littérature érotique n’a rien perdu de sa force de suggestion.
Entre réédition de classiques et nouveautés, les parutions de livres coquins ne se comptent plus.
Par Didier Dillen.
Erotisme au féminin
La littérature érotique a longtemps été la chasse gardée des hommes. Deux livres clés écrits par des femmes ont pourtant marqué l’histoire de l’érotisme: « Histoire d’O » et « Emmanuelle », d’Emmanuelle Arsan, en 1959.
On pourrait aussi citer les ouvrages d’Anaïs Nin (« Venus erotica », « Les petits oiseaux »).
Depuis, les auteurs érotiques féminins n’ont cessé de se multiplier, que ce soit Régine Deforges (« Contes pervers », « Lola et quelques autres »), Nelly Kaplan (« Mémoires d’une liseuse de drops »). Françoise Rey (« La Femme de papier ») ou, plus récemment, MJ Rose, avec son thriller érotique « Du bout des lèvres ». Aujourd’hui, désir, sexe et quête du plaisir se conjuguent désormais aussi au féminin.
Mémoires de Fanny Hill
Considéré comme le premier roman érotique, ce livre maintes fois interdit fut écrit vers 1745 par John Cleland, alors en prison pour dettes. Il raconte les aventures galantes d’une jeune ingénue, Fanny Hill, devenue fille de joie, de ses premières expériences lesbiennes, jusqu’à la perte de son pucelage, en passant par les orgies auxquelles elle participe et la découverte du grand amour, qu’elle finit par épouser à la fin. Il n’a plus grand-chose d’obscène aujourd’hui.
La philosophie dans le boudoir, Justine, Les 120 journées de Sodome
Sulfureux, lubrique, troublant, nauséabond, génial, les qualificatifs abondent dès qu’on parle du marquis de Sade et de ses livres.
Aujourd’hui encore, ses textes, longtemps interdits, n’ont rien perdu de leur capacité à choquer ou troubler.
On y sodomise, dépucelle, masturbe à la chaîne, voire pire, en mêlant imparfait du subjonctif et mots orduriers. On manie aussi beaucoup le fouet, la violence et la contrainte, ce qui donnera plus tard naissance au mot « sadisme », Sade n’était pourtant pas qu’un libertin amoral. Ses livres sont aussi une diatribe contre la religion, la monarchie, la morale de son époque. À ne pas mettre tout de même devant tous les yeux.
L’amant de Lady Chatterley
L’histoire est simple, presque banale:
elle, jeune et belle aristocrate délaissée par son mari impuissant.
Lui, fruste garde-chasse, tout à la fois viril et tendre.
Tous deux unis dans un amour absolu et une passion très torride. En 1928, au moment où il paraît pour la première fois, le livre de D.H Lawrence fait scandale.
Autant parce qu’il décrit en détailles ébats amoureux du couple que parce qu’il met en scène une bourgeoise et un ouvrier. Shocking!
L’ouvrage ne put d’ailleurs être imprimé en Grande-Bretagne qu’en 1960. D’un érotisme à la fois sauvage et rafraîchissant, ce livre est aussi une critique de la société britannique de l’époque, de ses conventions, et un plaidoyer pour une vision de l’amour et de la sexualité plus proche de la nature.
Voilà sans doute pourquoi il continue autant à faire rêver.
Histoire d’O
Publié en 1954, ce livre semble être le manuel du parfait petit sado-masochiste.
Il décrit l’histoire d’une jeune femme qui devient, par amour, l’esclave de son amant.
Elle y fait connaissance avec le fouet et le plaisir de la souffrance, est marquée au fer rouge ou voit, sublime raffinement ou outrage suprême, son sexe percé d’anneaux sur lesquels sont gravées les initiales de son maître!
À la base, « O » est pourtant une lettre d’amour sous forme de roman, cadeau d’une femme, Pauline Réage, à l’homme qu’elle voulait conquérir, Jean Paulhan. C’est lui qui insista pour que ce livre, qui deviendra un monument, soit publié.
Il en signa même la préface. Enfin une femme qui avoue! Qui avoue quoi? Ce dont les femmes se sont de tout temps défendues (mais jamais plus qu’aujourd’hui). Ce que les hommes de tout temps leur reprochaient: qu’elles ne cessent pas d’obéir à leur sang, que tout est sexe en elles, et jusqu’à l’esprit. Qu’il faudrait sans cesse les nourrir, sans cesse les laver et les farder, sans cesse les battre.
Qu’elles ont simplement besoin d’un bon maître, et qui se défie de sa bonté …
Leur idylle n’a pas dû être triste.